Nos retraites en danger!

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SUD info – Janvier 2013

8 revendications pour l’unité syndicale

1. L’Etat a siphonné 2 milliards dans la Caisse de pensions. Il faut qu’il les recrache.
2. Principe du pollueur-payeur: pan sur le Beck! Les 80% du taux de couverture et les dispositions de la législation fédérale ont été imposées par la droite politique et économique. C’est à l’Etat-employeur de tout payer.
3. Ressources indispensables à la caisse pour conserver les acquis, maintenir et améliorer ses prestations: négociations mais l’Etat paie au minimum les 2/3.
4. Pour une rente pleine: 37,5 années max.
5. Droit à la retraite au plus tard à 62 ans, max et remax.
6. Rente calculée sur les trois dernières années de salaire: ça ne doit pas bouger.
7. Refus de devenir plus pauvres avec l’âge: indexation des rentes et 13e.
8. Amélioration des suppléments temporaires (pont) AVS.

C’est le minimum… Mais il faut viser plus loin!

Depuis novembre 2012, le Conseil d’Etat et les syndicats et organisations du personnel de la fonction publique ont engagé les négociations sur la Caisse de pensions de l’Etat de Vaud (CPEV).

Ces négociations sont ardues et sous haute tension…

Dans ce contexte, pour défendre les conditions de travail et les retraites, une mobilisation massive et durable des salarié⋅e⋅s est indispensable, et même incontournable.

Mais pourquoi faut-il à nouveau négocier la Loi sur la Caisse de pensions?

Premièrement, la situation financière de la CPEV ne cesse de se dégrader. Son degré de couverture diminue constamment. Il n’était plus que de 62,26% à fin 2011, alors qu’il était encore de 76,1% en 2006.

Cette constante péjoration du degré de couverture de la CPEV s’explique notamment par les faibles rendements des placements financiers (3,13% en moyenne depuis 1998 – 0,2% en 2011!) et par les coûts induits par l’augmentation de l’espérance de vie des assuré⋅e⋅s et pensionné⋅e⋅s.

Pour résorber les effets de cette baisse des rendements financiers et du vieillissement de la population, le taux technique (taux qui détermine les perspectives de rendement des capitaux du 2e pilier) et les bases techniques (tables prenant en compte l’augmentation de l’espérance de vie) devraient être modifiés.

Les travaux menés par les actuaires ont permis de chiffrer le coût d’une baisse du taux technique (de 4 à 3,25%) et du changement de bases techniques. Ce coût est évalué à 953 millions, au 31 décembre 2011. Ce montant ne comprend pas l’avenir, puisque les effets de ces adaptations de nature technique nécessiteront aussi un refinancement.

maquette-sud-01-2013.qxdLe deuxième paramètre qui impose une renégociation de la Loi sur la CPEV a sa source au niveau fédéral. En effet, les chambres fédérales ont décidé de réformer le cadre légal de la prévoyance professionnelle et ont modifié la LPP en décembre 2010. Les modifications imposées à l’ensemble des caisses de pensions de droit public consistent notamment à contraindre ces dernières à atteindre un degré de couverture de 80% en 2052 (deux paliers intermédiaires doivent également être respectés: 60% dès le 1er janvier 2020 et 75% dès le 1er janvier 2030). Pour mémoire, rappelons ici que cette refonte de la LPP a été initiée par la motion Beck (du nom du conseiller national libéral vaudois qui l’avait déposée) (voir notre article à la page 5 sur les enjeux de motion).

Compte tenu de la décision des autorités fédérales rappelée ci-dessus (atteinte d’un degré de couverture de 80% en 2052), le coût de la passagère gloriole du Libéral Serge Beck et de l’allégeance des représentant⋅e⋅s des partis de droite aux chambres fédérales et de quelques conseillers/ères nationaux/les «vert⋅e⋅s» envers les lobbys des secteurs financiers et bancaires se chiffre, pour la CPEV, à plus de 3 milliards de francs…

A propos du découvert actuel de la CPEV, il faut aussi rappeler qu’une partie de celui-ci est la conséquence du non financement de l’indexation des rentes, qui a été imposée par l’Etat à la fin des années septante. En effet, depuis 1979, les indexations des rentes (calquées sur l’indexation des salaires des actifs/ves) n’ont plus été financées par l’Etat-employeur, mais furent prises en charge par la Caisse (soit grâce aux rendements des capitaux lorsque ceux-ci étaient supérieurs aux rendements nécessaires pour financer les prestations promises, soit par ponction du capital de la Caisse lorsque les résultats financiers ne permettaient plus de financer ces indexations).

Ce non financement de l’indexation des rentes représentait pour la CPEV un manque à gagner de 1,166 milliard au 31 décembre 2010, soit environ un siphonnage de 2 milliards de francs en prenant en compte les intérêts non perçus sur ces montants entre 1979 et 2010. De plus, comme ces allocations de renchérissement sont versées à vie, il faut encore ajouter à ces sommes le coût de leur financement durant de nombreuses années, soit entre 2010 et les années où s’éteindra le droit aux prestations des pensionné⋅e⋅s concerné⋅e⋅s.

On le voit donc… Ces négociations sont capitales…

Il s’agira en priorité de déterminer:

Qui va payer?
Combien?
De quelle manière?

Si l’on se rappelle les sacrifices déjà consentis par le passé par les assuré⋅e⋅s et pensionné⋅e⋅s de la CPEV (voir SUD Info – Spécial «retraites» de septembre 2012), c’est à l’avenir à l’Etat-employeur de prendre ses responsabilités. D’une part en remboursant la dette issue du non financement des indexations des rentes depuis 1979, et d’autre part en octroyant les montants nécessaires pour honorer les décisions prises par les élu⋅e⋅s de droite et quelques Vert⋅e⋅s des Chambres fédérales lors de l’adoption en décembre 2010 des modifications de la Loi sur la prévoyance professionnelle vieillesse, survivants et invalidité (LPP) et ainsi recapitaliser la CPEV, pour lui permettre d’atteindre le degré de couverture d’au moins 80% en 2052 imposé par le droit fédéral.

On le rappelle, le découvert de la CPEV s’explique principalement par les deux aspects suivants:

1. Un impact financier de 953 millions pour maintenir le degré de couverture à son niveau du 31 décembre 2011 de 62,26% suite aux adaptations de nature technique (diminution du taux technique et changement des bases techniques).

2. Le non financement de l’indexation des rentes imposée par l’Etat à la fin des années septante pour un coût chiffré par la CPEV à environ 2 milliards.

Il va donc de soi qu’un employeur, et à fortiori un Etat-employeur respectueux de ses engagements et de ses responsabilités, se doit d’assurer la recapitalisation de son institut de prévoyance par un apport financier permettant d’éponger la dette contractée par lui. Il lui appartient également de prendre en charge les conséquences des décisions prises au plan fédéral par les partis de droite, les mêmes qui sont actuellement majoritaires au sein du Grand Conseil vaudois.

Selon l’évaluation de SUD, le montant de cet apport financier avoisine les 3 milliards. Il appartiendra évidemment aux autorités de ce canton de définir la forme que prendra cet apport financier.

Ceci précisé, nous savons pertinemment que cette recapitalisation n’est pas suffisante pour assurer dans la durée le maintien du degré de couverture de la CPEV au niveau atteint. Pour maintenir durablement le taux de couverture de la Caisse, des mesures concernant le plan d’assurance seront nécessaires. Pour SUD, ces mesures, qu’il s’agisse d’une augmentation des cotisations dans le respect de la répartition entre employeur et salarié⋅e en vigueur ou d’une modification de certains paramètres du plan d’assurance (introduction d’un âge de retraite pivot, nombre d’années prises en compte pour définir le montant de la rente, application de cotisations dites de rattrapage, amélioration du supplément temporaire par exemple) devront être socialement acceptables et susceptibles d’assurer des rentes permettant aux assuré⋅e⋅s de maintenir de manière appropriée leur niveau de vie antérieur ainsi que le stipule l’article 113 de la Constitution fédérale.

Retraite, pourquoi se mobiliser et comment?

La retraite constitue une prolongation du salaire, partiellement financée par nos cotisations.

Tout salaire, qu’il couvre l’activité professionnelle ou qu’il garantisse un revenu durant la retraite est le résultat d’un rapport de forces. Il concrétise une certaine répartition de la richesse.

Bien sûr, la population vieillit. Dans le service public aussi, l’espérance de vie augmente et cela induit des coûts supplémentaires. Mais, en même temps, le service public assure une augmentation régulière et importante de la productivité du travail. Les fruits de cette augmentation vont très largement dans la poche de l’employeur. Le service public produit une énorme et croissante richesse.

Grâce à des rythmes de travail de plus en plus intenses, aux contractions systématiques d’effectifs, à la surcharge, à la dégradation des prestations, à la réduction de la masse salariale, l’employeur public a pu s’approprier les augmentations de productivité et réduire en même temps ses coûts.

L’excellente santé des finances vaudoises, la liquidation de fait de la dette, les chiffres noirs, tout cela est le produit du processus décrit plus haut.

L’Etat-employeur a donc les moyens de payer, notamment pour tout ce qui concerne les éléments sociodémographiques et les améliorations qui s’imposent: indexation des rentes et introduction d’une 13e rente.

L’Etat attaque, le nouveau Conseil d’Etat est à la manœuvre

L’employeur public a décidé le contraire: dégrader nos conditions de retraite et nous faire payer plus pour des prestations dégradées.

L’Etat a sciemment construit le sous-financement de la Caisse. Il a par le passé gravement attaqué ses prestations en faisant notamment passer de 35 ans à 37 ans et demi la durée de cotisation pour une retraite pleine. En même temps, l’employeur public a refusé de financer l’indexation des rentes de manière sûre et régulière. La non-indexation des rentes revient à faire baisser le pouvoir d’achat effectif de 15 à 20% durant la retraite.

Le vieillissement et la prolongation de l’espérance de vie interviennent dans un contexte où l’Etat poursuit systématiquement une stratégie de contraction des effectifs, donc de réduction des capacités financières de la Caisse.

A cela s’ajoutent les nouvelles exigences de la législation fédérale avec un taux de couverture de 80% à atteindre en 2052 et des seuils de 60% en 2020 et de 75% en 2030. A fin juin 2012, ce taux de couverture était effectivement de 63,35%.

Aux exigences de financement précisées plus haut, il faut ajouter des sommes extrêmement importantes destinées à constituer des réserves en cas de fluctuation. Cette énorme pression financière, l’Etat veut nous la faire payer en très grande partie par la prolongation de notre temps de travail, par la hausse des cotisations, par la réduction de nos retraites. Il s’agit d’une attaque énorme qui va dégrader nos acquis à hauteur de 20 à 25%.

Principe du pollueur-payeur

Cette exigence de financement supplémentaire ne nous rapporte rien, elle nous appauvrit. Nous payons davantage pour toucher moins.

La majorité de la classe politique vaudoise, notamment la droite et une partie des Verts, a fait un tel choix. La législation fédérale permet en effet de désengager les employeurs publics pour tout ce qui concerne la garantie et la consolidation des rentes. Elle permet de liquider à terme le noyau dur des caisses publiques en répartition et donc la garantie du revenu salarial à la retraite.

Il s’agit d’une spirale de dégradation des prestations et d’imposition aux caisses d’un régime d’austérité structurelle. Cette opération prépare et facilite les privatisations et fait peser sur les salarié⋅e⋅s un régime d’épargne forcée qui coûte sans rapporter et qui met à disposition des groupes financiers qui contrôlent l’ensemble du système du 2e pilier de nouvelles ressources. Ces masses d’argent permettent de multiplier les opérations spéculatives, les restructurations, les montages financiers.

Les effets de la crise économique systémique font perdre aux caisses des centaines de millions et compromettent le rendement des capitaux investis, ébranlant tout le système de la prévoyance professionnelle, sa fiabilité et sa sûreté.

Ceci est inséparable de la politique systématique de démantèlement du service public. En Suisse et partout en Europe, il y a attaque contre le service public, dégradation des retraites, imposition de régimes de retraites par capitalisation qui précarisent et fragilisent le revenu salarial après la cessation d’activité professionnelle.

Soyons réalistes: exigeons ce que l’Etat nous doit

Des millions de personnes se battent sur tout le continent européen, et non pas seulement dans les pays du sud, pour empêcher la régression sociale à l’œuvre. Même si la bataille nous semble très difficile en Suisse, l’environnement dans lequel nous nous situons pourrait à terme faire évoluer la situation de manière positive pour les salarié⋅e⋅s de ce pays, dans le public comme dans le privé.

Dans tous les cas, ce qu’il faut éviter sous prétexte d’un faux réalisme, c’est de faire silence sur notre analyse de la situation, sur nos revendications, sur la défense de nos acquis et l’amélioration de notre situation. Les seules batailles que l’on perd à coup sûr sont celles qu’on ne livre pas. Baisser les bras parce que c’est difficile et se contenter de négocier la gravité de l’amputation est sans doute la plus mauvaise des choses à faire.

Dans notre SUD-Info de septembre 2012, nous avons précisé nos revendications et nos objectifs de mobilisation sur le moyen terme. Il est évident que dans l’actuel rapport de forces, ces revendications ne sont pas immédiatement atteignables. Ce combat doit être mené sur le long terme. Il s’agit d’accumuler des forces, de profiter des situations pour avancer jusqu’à ce que, pan par pan, nous réussissions à les atteindre. C’est une lutte de longue durée, mais c’est elle qui nous oriente dans notre effort quotidien.

La mobilisation doit accompagner et garantir les négociations. Il faut faire tout ce qui est possible pour tirer les collègues dans la lutte et construire, dans toute la mesure du possible, un cadre commun de revendications pour les trois organisations syndicales faîtières.

Unité pour mobilisation, mobilisation pour l’unité

Mais l’unité ne nous sert que si elle permet d’avancer. Comme nous l’avons fait dernièrement pour DECFO-SYSREM, et tant de fois avant, SUD entend construire la lutte et l’unité syndicale.

Il y a, naturellement, un cadre et des conditions. Pour SUD, les objectifs imposés à la législation fédérale n’ont rien à voir avec une démarche de sécurisation de nos caisses publiques et de notre régime de retraite. Les caisses publiques par répartition, pour accomplir leurs missions, n’ont absolument aucun besoin d’un taux de couverture à 80%, encore aggravé par l’exigence de réserves.

Nous proposons donc aux organisations syndicales et aux salarié.e.s une position très ferme: pas un sou de notre poche pour financer cette opération néolibérale. C’est à celles et ceux qui ont décidé, les politiciens et les politiciennes concerné⋅e⋅s, de payer.

Pour ce qui est des moyens nécessaires pour faire face aux données socio-démographiques, à l’indispensable indexation des rentes, à certaines améliorations des prestations, il faut ouvrir un processus de négociations avec l’employeur sur la base de positions unitaires des trois faîtières syndicales si un accord peut être trouvé.

Quelles bases d’accord proposons-nous à la FSF et au SSP?

A notre sens, les trois faîtières syndicales doivent se mettre d’accord sur ce que les salarié⋅e⋅s prendraient en charge. Pour notre part, nous estimons qu’il faut prendre en compte l’accumulation de gains de productivité aux mains de l’Etat et la clé de répartition actuelle des cotisations pour la Caisse de pensions, soit 9% pour les salarié.e.s et 15% pour l’employeur. Cette répartition est le maximum envisageable. Toutefois, l’Etat doit payer les 2 milliards qu’il doit à la caisse pour les prestations non financées. Il en est de même pour les coûts engendrés par les mesures liées à la législation fédérale en matière de taux de couverture.

SUD avait mobilisé contre le passage de 35 à 37,5 années de cotisation pour une rente pleine. Il ne peut être question d’accepter quelque dégradation que ce soit des 37,5 années actuelles. De même, le montant des rentes doit être à tous prix garanti et complété par une indexation de celles-ci. Enfin, l’âge du droit à la retraite doit demeurer à 62 ans au maximum pour toutes les catégories de personnel, avec la possibilité d’avoir des conditions spéciales pour les métiers et les situations de travail de grande pénibilité.

Ce sont-là les bases d’une unité syndicale possible pour la mobilisation, même si il est clair pour SUD que l’employeur public a les moyens et aurait le devoir de payer l’intégralité de la consolidation de la Caisse de pensions.

Ce que l’employeur public sera contraint de payer dépendra de la mobilisation, du rapport de forces, et de notre propre fermeté dans l’exposé de nos arguments et de nos revendications.

Aux origines d’une double arnaque: la «loi Beck»

La «loi Beck» est à l’origine de la situation de détresse financière complètement artificielle que subit notre caisse de pension. Elle fut votée en 2010. Cette loi constitue une double arnaque savamment orchestrée. C’est tout d’abord (1re arnaque) une attaque en règle sur le sens et les conditions matérielles du service public, une dépossession de la gestion de nos retraites, une volonté d’opposer les usager⋅ère⋅s aux fonctionnaires. Cette loi dangereuse, l’employeur public vaudois veut la financer en s’attaquant (2e arnaque) à nos salaires, nos retraites, nos vies.

«Le peuple, dans des questions aussi techniques, n’a pas forcément une volonté libre et un consentement éclairé. L’argument démocratique ne tient pas […]» Claude Ruey, Conseiller aux Etats lors du débat sur la loi Beck.

Lorsque les retraites ou les salaires sont mis en débat, les travailleurs/euses sont relégué⋅e⋅s au statut d’incompétent.e.s. Les agences de notations menacent, la majorité de la classe politique impose: nous n’avons plus qu’à passer à la caisse.

Or c’est précisément sur les objets qui nous concernent directement, nos salaires, nos retraites, notre service public, que les expert⋅e⋅s et technicien⋅ne⋅s entretiennent savamment le flou. Les chiffres, les termes techniques s’accumulent et, ce qui dans l’histoire ont toujours été des droits sociaux portés par des luttes et des organisations de salarié⋅e⋅s, deviennent les affaires privilégiées de quelques un⋅e⋅s au pouvoir. L’employeur public a toujours eu la volonté de nous déposséder de la question salariale dont les retraites font partie.

Saisir les enjeux: une question de démocratie

A la Fédération syndicale SUD, nous nous faisons une priorité de permettre à chacun et à chacune de saisir et de s’approprier pleinement les enjeux liés aux retraites et au service public car, partout en Europe et plus largement dans le monde, ils sont au cœur de luttes impliquant des millions de travailleurs/euses. Ces questions sont décisives car elles ont un impact direct sur nos vies: la baisse du pouvoir d’achat, l’augmentation du temps et de la durée du travail, et la réduction des services publics et collectifs ont autant d’effet sur notre santé et notre liberté. Ce sont des enjeux de société.

Même à notre échelle, ces questions se posent. Il n’est pas anodin que du jour au lendemain on exige de nous de payer plus pour une plus petite retraite. Cette entreprise à une histoire et un sens que nous allons essayer de décortiquer car, au fond, les choses ne sont pas si compliquées.

Situation actuelle

La différence qui a toujours régné entre les caisses de pensions privées et les caisses publiques porte sur le taux de couverture. Ce dernier définit le rapport entre l’argent que possède la caisse (son capital) et les prestations qu’elle doit fournir (pensions des retraité⋅e⋅s et prestations de libre passage).

Dans le privé, le taux de couverture est de 100%: la caisse possède exactement en capital ce qu’elle doit aux salarié⋅e⋅s et aux retraité⋅e⋅s. Ceci est justifié par le risque de faillite d’une entreprise, qui doit pouvoir verser l’intégralité des prestations du jour au lendemain si son activité vient à cesser.

Dans le secteur public, la situation est différente: le risque de la faillite de l’Etat (l’employeur public) est nul. Il n’est alors pas nécessaire d’accumuler autant d’argent dans une caisse mais simplement d’en garantir la pérennité: les institutions du service public sont permanentes. Dans les caisses publiques, une part des pensions des retraité⋅e⋅s sont certes payées par un capital accumulé durant leurs années de cotisations (capitalisation), mais une autre part est payée par le principe de la solidarité intergénérationnelle: les cotisations des salarié⋅e⋅s d’un mois paient une part des pensions des retraité⋅e⋅s du mois suivant (répartition). C’est le même principe que celui qui gouverne l’AVS. Les caisses publiques combinent répartition et capitalisation, ce qui est très clairement à notre avantage.

Que dit la «loi Beck»

Cette loi, portée par Serge Beck (ex-conseiller national libéral vaudois), votée par la droite et les Verts nous dit simplement ceci: les caisses publiques doivent s’aligner sur le fonctionnement des caisses privées. En clair: le fonctionnement plus démocratique des caisses publiques est attaqué. De plus, ces dernières sont mises dans une situation de détresse financière complètement artificielle. Et devinez qui doit payer! Il s’agit d’un artifice inutile et dangereux qui, sous des apparences très techniques, porte en fait un projet de société.

Une attaque du service public «pour le bien des assuré⋅e⋅s»

En effet, au nom du «bien des assuré⋅e⋅s», le débat politique sur la loi Beck n’a souffert d’aucune ambiguïté. L’objectif était de renforcer et de faciliter la privatisation des services publics. Et où cela n’est pas possible, la loi Beck est une pièce qui participe à la mutation radicale du service public vers «l’Etat-entreprise».

Faciliter les privatisations

Le passage de notre caisse en pleine capitalisation a pour objectif de ne plus «limiter la marge de manœuvre de la collectivité qui entend réaliser des privatisations» (Message du Conseil Fédéral). Le fonctionnement actuel de notre caisse est un frein important à la possibilité de privatisation. Avec la «loi Beck» et la volonté de l’employeur public de faire payer le refinancement aux salarié⋅e⋅s, le coût du libre passage qu’induisent les privatisations est reporté sur nous et se retrouve donc facilité.

maquette-sud-01-2013.qxdNe plus engager de personnel

Maintenir un taux de couverture plus bas oblige l’Etat-employeur à engager du personnel pour renouveler les effectifs (et les renforcer) pour faire face aux changements socio-démographiques. Avec la «loi Beck» cette obligation tombe. Ce fut un des arguments principaux des partisan⋅e⋅s de cette loi: les services publics doivent rétrécir, être externalisés, et ne plus être stables à long terme.

Faire comme si l’Etat pouvait faire faillite

La «loi Beck» entretient un rapport symbolique nouveau avec la gestion des ressources publiques. L’Etat doit dorénavant fonctionner sans cesse comme s’il était dans un risque accru de s’écrouler et de faire faillite. Cela a un sens. Partout en Europe, cet argument sert de prétexte à détruire systématiquement les droits sociaux et les services publics. En Grèce, en Espagne ou au Portugal, mais pas seulement. C’est aussi un prétexte qui a permis d’installer ici et maintenant ce que l’on peut appeler une privatisation interne au service public: le nouveau management public. Le service public doit fonctionner comme une entreprise sur le marché: obligation de la performance à tout prix, au détriment des prestations; concurrence avec le privé; mise sous pression constante des fonctionnaires (et la maltraitance qui en découle); meilleure productivité sans augmentation des salaires; etc.

De l’argent pour boursicoter

La «loi Beck» participe de plus à cette grande entreprise de dépossession du salaire des travailleurs/euses. En Suisse, l’ensemble des caisses des pensions accumulent près de 600 milliards de francs et en récoltent chaque année 18 qu’elles ne redistribuent pas. Notre argent (10 fois le budget de la Suisse) est ainsi mis à disposition des banques pour spéculer, réaliser des profits monstres sur des marchés financiers et spéculatifs, avec pour soi-disant objectif de faire fructifier nos retraites. Au contraire, elle les met en danger car elles sont dépendantes des marchés financiers. De plus, cet argent dessert nos intérêts car les marchés sont utilisés comme moyen de pression pour réduire les dépenses publiques et les aides sociales, et pour forcer les privatisations dans le monde entier.

L’Etat-employeur ne pouvant pas tout nous faire payer (la facture est décidemment trop salée), la «loi Beck», oblige du coup les collectivités publiques à mettre à disposition de ces mêmes banques de l’argent (impôt) dévolu actuellement aux dépenses publiques. Cela fragilisera les comptes publics, ce qui servira de prétexte plus tard à de nouvelles attaques contre le service public.

Opposer les usager⋅e⋅s et les fonctionnaires

Comme dans les cantons environnants, la «loi Beck» participe aussi à l’opposition artificielle entre les usagers-contribuables (qui sont alors beaucoup plus considéré⋅e⋅s comme des contribuables que comme des usagers/ères) et les fonctionnaires (qui ne sont alors plus considéré⋅e⋅s comme contribuables, cela dit en passant). Avec le mythe toujours entretenu que le service public est à un «coût» que les contribuables refusent de payer. Rappelons une chose: nous produisons 20% du PIB du canton. Avec cette loi tout le monde est perdant. Car elle s’attaque au service public et qu’elle prend dans la ressource publique pour alimenter les marchés financiers, plutôt que d’alouer des fonds à des investissements intéressants directement la population du canton. Il est décisif que les usagers/ères et les fonctionnaires, ensemble, désignent qui sont les vrais responsables et par conséquent qui doit payer cette loi inique.

Qui a voté la «loi Beck»?

Durant le débat parlementaire, personne n’a évoqué la dégradation des prestations pour les retraité.e.s que va induire cette loi. Personne ne s’est opposé au principe d’attaque du service public qu’elle porte. Dans le canton de Vaud, qui a voté la «loi Beck»? Daniel Brélaz (Verts) et Olivier Français (PLR) de la Municipalité de Lausanne, directement impliqués dans la gestion politique de la caisse de pensions de la ville. Mais aussi Charles Favre, ancien Conseiller d’Etat (PLR), André Bugnon (UDC), membre du Conseil de fondation de la caisse d’UVAVINS, Isabelle Moret (PLR), membre du conseil d’administration des Retraites populaires (gérante de la CPEV), ou encore Adèle Thorens Goumaz (Verts), ancienne Conseillère communale à Lausanne.

Nous ne paierons rien!

La «loi Beck» est une violente attaque contre le service public, une dépossession de la gestion démocratique de nos retraites et une volonté de nous opposer aux usagers/ères. C’est là que la deuxième arnaque intervient: il va s’agir de payer. Et c’est sur nos retraites, sur nos vies que le Conseil d’Etat veut le faire. La position de SUD est claire: nous ne sommes prêt⋅e⋅s à négocier que les mesures pour pérenniser la caisse à son niveau actuel et les améliorations de prestations. Pour le reste, principe du pollueur-payeur: la «loi Beck» ils/elles l’ont votée, ils/elles payent!

 

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