| Fédération syndicale vaudoise des services publics |
Ecole
Emancipée
Paraît
à limproviste / Mars 2003
La Coordination SUD-Education a pris connaissance d'un courrier adressé aux directeurs-trices des établissements DGEO, des écoles professionnelles, de l'école de perfectionnement et des gymnases par les trois éminents chefs de service, MM. D. Christen, J.-P- Rochat et Ph. Lavanchy, en date du 30 janvier 2003.
Les décisions prises concernent la formation pédagogique des enseignantEs auxiliaires A et B et des maîtres temporaires A, B et C de l'enseignement professionnel. Elles sont injustes, irréalistes et totalement inacceptables.
Nous en
demandons le retrait immédiat
et l'ouverture de négociations sur ce problème entre le DFJ et
les organisations syndicales concernées.
La situation à la veille de l'entrée en vigueur de la Lpers
Durant des années, au mépris des dispositions légales,
l'Etat de Vaud a employé des milliers d'enseignantEs en contrat
de durée déterminée, renouvelés à la chaîne, année après
année. Ces temporaires ont connu une situation de grande précarité:
les directions pouvaient les engager, les rejeter ou modifier
leur temps de travail comme elles l'entendaient. De plus, ces
collègues ne bénéficiaient pas de tous les droits liés à
l'ancienneté, notamment du droit au salaire en cas de maladie.
Ces enseignantEs temporaires avaient des responsabilités et une
charge de travail identiques à celui de leurs collègues nomméEs.
Leur salaire était également le même, mais il était amputé
de 10% s'ils-elles n'avaient pas de formation pédagogique.
A ces temporaires il fallait ajouter une catégorie plus précaire
et maltraitée encore: les remplaçantEs qui assuraient parfois
de longues périodes d'enseignement et qui, par exemple en cas de
maladie, n'avaient et n'ont toujours droit à rien.
Les temporaires représentaient de 35 à 40% du total des maîtres-esses
dans les divers ordres d'enseignement sauf dans l'enseignement
professionnel où ils-elles constituaient plus de 65% de
l'effectif total.
Temporaires du professionnel
Dans les écoles professionnelles, ils-elles étaient en fait
diviséEs en deux groupes: les temporaires qui touchaient un
traitement dépassant le minimum LPP et les auxiliaires qui
touchaient moins que ce minimum LPP et avaient neuf heures de
cours par semaine au maximum.
La plupart des enseignantEs auxiliaires se trouvaient et
demeurent dans l'enseignement professionnel. Leur sort dépendra
d'ultérieures négociations. Leur statut qui est aussi celui du
personnel de nettoyage des écoles professionnelles est particu-lièrement
discriminatoire. Ces collègues sont en général payéEs à
l'heure, sans droit au salaire en cas de maladie. Les femmes
enseignantes auxiliaires dans le professionnel avaient un congé
maternité de 8 semaines seulement.
Ces chargéEs de cours font très souvent un nombre d'heures
d'enseignement supérieur à l'horaire prévu lors de leur
engagement initial par le biais de remplacements nombreux et
parfois fort longs qu'ils/elles assurent tout au long de l'année.
Vous l'avez deviné, il s'agit d'une façon de rendre totalement
flexible, disponible et bon marché un volant de main d'uvre.
Hormis ceux et celles-là, les chargéEs de cours comprennent un
certain nombre de spécialistes, souvent patrons, qui assurent
des éléments d'enseignement professionnel spécialisé.
Tout ce qui brille n'est pas de l'or
Avec la nouvelle Lpers, tout devait en principe changer pour
le 1er janvier 2003. Les nomméEs étaient «dénomméEs» et
devenaient des temporaires avec un contrat de travail de droit
administratif et de durée indéterminée. Les ancienNEs
temporaires aussi. Leur situation devenait donc formellement
meilleure, plus stable.
Malheureusement, comme nous l'avons dit et redit, la Lpers
contient de nombreux pièges. Les temporaires «ancien style»,
avec contrat de durée déterminée renouvelable continueront
d'exister, avec la précarité et le pouvoir discrétionnaire des
directions que l'on sait. Mais voilà que le DFJ inscrit dans
cette catégorie deux sous-groupes, en été 2002: les «maîtres
auxiliaires A et les maîtres auxiliaires B».
De quoi s'agit-il? Ces collègues n'appartiennent pas au
classique personnel auxiliaire de l'Etat (où l'on retrouve par
exemple une bonne partie du personnel de nettoyage et
les
chargéEs de cours de l'enseignement professionnel). Ils-elles
sont des maîtres-esses qui n'ont pas les titres requis pour
enseigner dans l'ordre d'enseignement où ils/elles oeuvrent,
selon les critères nouveaux fixés pour entrer à la HEP.
Enseignement obligatoire et gymnases
Les enseignantEs auxiliaires A sont en principe porteurs-euses
d'une licence avec deux branches enseignables. Pour les
enseignantEs auxiliaires B, la chose est infiniment plus complexe.
Ces personnes peuvent n'avoir pas de titre universitaire ou en
avoir un, suisse ou étranger, mais sans les deux branches
enseignables. Tel est le cas des diplôméEs des écoles
polytechniques et des licenciéEs des facultés de sciences
sociales et politiques, voire d'économie ou de droit. On peut même
trouver des personnes porteuses d'un doctorat mais mises en
statut B pour manque d'une des deux branches enseignables. Ces
deux catégories d'auxiliaires n'ont pas de formation pédagogique
reconnue.
Les «maîtres auxiliaires» A peuvent, après formation pédagogique,
devenir maîtres-esses secon-daires spécialistes et atteindre
une classification 24-28 non amputée du 10% actuel.
Par contre les «maîtres auxiliaires» B, même porteurs-euses
de titres universitaires ne pourront devenir, après formation pédagogique,
que «maître secondaire semi-généraliste», avec une
classification de 20-24, non amputée du 10%.
A la rentrée 2002-2003, les enseignantEs auxi-liaires A devaient
faire 25 périodes et les B devaient en effectuer 28 quel que
soit l'établissement où ils-elles enseignaient, y compris au
gymnase.
Car on peut trouver des enseignantEs auxiliaires B dans
l'enseignement gymnasial. Ainsi unE enseignantE travaillant 7 périodes,
soit environ un tiers temps, gagnait un salaire brut de 1400.-
francs par mois! Un enseignement de 28 périodes étant hors la
loi, un maître auxiliaire B était dans l'impossibilité de
travailler à plein temps.
L'intervention particulièrement énergique d'une des
organisations de la Coordination SUD-Education, l'AVMG (Association
vaudoise des maîtres de gymnase) a fait reculer le département.
Désormais, les enseignantEs auxiliaires A ou B ont le même
pensum que leurs collègues. Nous en sommes donc aujourd'hui à
22 périodes pour les maîtres auxiliaires A travaillant dans les
gymnases, 25 dans le secondaire I et le professionnel. Pour les
B, c'est 25 périodes au gymnase et au professionnel et 28 au
secondaire I. Malgré ces avancées, la situation reste
insatisfaisante. On engage les gens selon leur qualification de
fait (par exemple un docteur en chimie de l'EPFL pour ensei-gner
la chimie dans un gymnase ou un juriste pour enseigner le droit),
on leur donne des responsabilités pleines, mais, par le jeu des
deux branches enseignables, on les paie à tarif très réduit et
on les place dans une situation de précarité.
Tout cela pourrait préfigurer d'ailleurs le statut qui sera réservé
à tous-tes les enseignantEs à l'issue de la démarche DECFO. En
2004, nous devrions avoir une nouvelle grille salariale. Il
faudra lutter dur si nous voulons éviter une dégradation de nos
traitements.
Enseignement professionnel et formation pédagogique
Les maîtres-esses professionnelLEs A, B et C actuellement
existantEs ne sont pas des «maîtres auxiliaires» au sens du
DFJ. IL s'agit d'enseignantEs dépassant le minimum LPP, et qui
étaient jusqu'ici employéEs avec des contrats de durée déterminée
annuels, contractés à la chaîne et modifiables selon la volonté
de l'employeur. Ceci a posé des problèmes incroyables pour
faire reconnaître le droit au salaire en cas de maladie et
autres avantages sociaux.
Le classement des maîtres-esses en A, B ou C correspond
globalement à la qualification initiale (licences universitaires
et EPF; école normale et ETS; maîtrise ou CFC). En principe,
pour sortir de la situation de précarité des «contrats annuels
à durée déterminée et à la chaîne», il fallait être nomméE
et faire sa formation pédagogique. Celle-ci se faisait et
s'effectue toujours dans un institut propre.
Avec la création des «maîtres auxiliaires A et B» des autres
ordres d'enseignement, il est à craindre que les enseignantEs
professionnelLEs diplôméEs des EPF ou porteurs-euses de
licences en sciences sociales, en droit ou en économie (fort
nombreux-euses dans les écoles professionnelles) et sans
formation pédagogique perdent leur actuelle classification 24-28
et leur statut assimilable au «maître secondaire spécialisé»
pour se retrouver «maître secondaire semi-généraliste» en 21-24.
Comment remplir la HEP?
Dans ce contexte, arrive l'hallucinante lettre datée du 30
janvier. Ces trois éminences se mettent en tête de doter la HEP
des effectifs supplémentaires qui semblent lui manquer et les «maîtres
auxiliaires» A ou B d'une solide formation pédagogique à acquérir
en cours d'emploi sur deux ans et demi ou trois ans pour les A et
un temps encore à déterminer pour les B. Ces dernierEs devront
en outre acquérir des compléments de formation dans les divers
champs de compétence qui leur sont impartis comme «maîtres
semi-généralistes».
Le tout doit être réalisé avec un emploi à 50%. Vous avez
bien lu. On veut imposer à ces collègues une réduction de
moitié de leur revenu sur trois ans. On les mettrait en
formation pédagogique à la HEP pour l' autre 50% de leur temps,
sans une ombre de compensation salariale effective.
Les personnes engagées sans titres légaux devront également
suivre une formation HEP sans aucune garantie de stabilisation de
leur emploi et sans diplôme à la fin de ce cursus de formation.
Si cette offre de formation n'est pas acceptée, les enseignantEs
ne pourront pas être réengagéEs au-delà de 2003-2004. Ils-elles
seront donc bel et bien licenciéEs à la fin de l'année
scolaire 2004.
Bien entendu, aucun de ces hauts fonctionnaires ne s'est demandé
ce qu'impliquait dans la vie des personnes concernées une telle
décision, les multiples problèmes qu'elle peut entraîner, etc.
Si pour une personne seule, une formation dans ces conditions
pour des problèmes matériels et financiers inextricables, pour
celles et ceux qui ont charge de famille ou qui simplement sont
venus tard à l'enseignement et ont des engagements incontour-nables,
une formation dans ces conditions est pratiquement impossible.
Et, cerise sur le gâteau, les trois chefs de service annoncent
leur intention de recruter de nouveaux-elles «maîtres
auxiliaires A et B» et maîtres temporaires A, B et C de
l'enseignement professionnel!
La formation pédagogique dans le professionnel: des mesures irresponsables
Cette situation est particulièrement frappante dans la
formation professionnelle. Très souvent, les gens entrent tard
dans l'enseignement professionnel. Il est d'ailleurs tout à fait
nécessaire d'avoir une certaine expérience de «vie» pour
travailler dans cet ordre d'enseignement. Aussi, ont-ils-elles
presque toujours charge de famille. La formation pédagogique a
été jusqu'ici organisée pour permettre à ces personnes de
l'accomplir. Elle était structurée sur deux années. Durant la
première, on acquérait les connaissances complémentaires éventuellement
nécessaires pour enseigner. Ceci ne faisait l'objet d'aucune décharge.
Dans la seconde année, par contre, les enseignantEs en formation
proprement pédagogique étaient déchargéEs à 50% environ et
percevaient l'intégralité de leur salaire.
Bien entendu, il restait toujours, et en permanent
renouvellement, une masse de maîtres-esses précaires, chargéEs
de cous et temporaires, liquidables à volonté, et un secteur de
nomméEs stabiliséEs et garantiEs.
Avec la disparition du Statut et le passage à la Lpers, une négociation
doit s'ouvrir pour savoir notamment ce que vont devenir les chargéEs
de cours. De surcroît, une nouvelle menace pointe à l'horizon,
les conditions de formation pédagogique courent le risque d'être
dégradées: les décharges à 50% avec intégralité du salaire
sur une année disparaîtraient au profit d'une formation de deux
années et demie, voire de trois ans, avec une enseignement à 50%
et le salaire correspondant. Autant dire que ces conditions qui
s'appliqueraient en un premier temps aux enseignantEs
professionnelLEs de culture générale interdiraient tout
bonnement l'accès de la formation pédagogique aux maîtres-esses
les plus âgéEs, ouvriraient la porte à leur licenciement pur
et simple et détermineraient une inégalité de traitement entre
conditions de la formation pédagogique pour les enseignantEs de
branches techniques qui continueraient à bénéficier d'une année
à salaire plein avec décharge à 50% et ceux-celles de culture
générale. Bien entendu, cette inégalité de traitement ne
durera pas. Une fois exploitées toutes les possibilités de
division et de neutralisation de la résistance des enseignantEs
concernéEs, les maîtres-esses de branches techniques seront à
leur tour misES au régime HEP préparé pour les enseignantEs de
branches générales.
Dans tout ce dispositif, il vaut la peine de souligner que les chefs de service, désormais autorités d'engagement, n'entendent pas renoncer à la possibilité, après avoir «liquidé» les actuelLEs temporaires - maîtresses auxiliaires A et B qui refuseraient la «formation pédagogique» avec perte salariale, à engager de nouvelles personnes sous ce statut. C'est dire le cynisme de la manuvre. On maintient sans cesse un volant gonflable à volonté de personnel enseignant précarisé pour peser sur les conditions de travail, de statut et de rémunération de l'ensemble de la profession.
Nos revendications
La Coordination SUD-Education est tout à fait favorable à la généralisation de la formation pédagogique et didactique. Toutefois cela doit se faire dans des conditions décentes. Nous nous sommes déjà opposéEs aux conditions faites aux étudiantEs HEP. Ce nouveau mauvais coup porté aux maîtres-esses temporaires-auxiliaires exige une résistance déterminée.
Nous vous demandons le retrait de ces décisions et l'ouverture immédiate de négociations
Notre position est simple:
n Le statut de «maître auxiliaire A et B» doit disparaître. Il peut être admissible que des collègues sans formation pédagogique subissent une réduction de leur traitement pour peu qu'ils-elles puissent effectivement effectuer cette formation et ne le fassent pas ou durant un délai raisonnable avant de la commencer. Mais les conditions générales de travail et la charge horaire doivent être les mêmes pour tous les enseignantEs d'un même ordre.
n Les enseignants professionnels doivent recevoir la garantie que leurs conditions actuelles de formation pédagogique seront garanties. La définition actuelle de maître professionnel A (incluant toutes les licences universitaires et les diplômes EPF) doit être garantie.
n Pour les collègues oeuvrant dans les autres ordres d'enseignement, nous exigeons que soit organisée une offre différenciée de formation (dans le temps comme dans l'organisation).
n La perte salariale qu'implique une formation en cours d'emploi doit être assumée essentiellement par l'employeur.
n Le statut de maître secondaire spécialisé doit être garantie aux diplômés-es EPF et aux porteurs-euses de diplômes universitaires suisses ou étrangers à égalité de conditions de formation (suivant la logique d'équivalence pratiquée au niveau européen). Une formation complémentaire pour une seconde branche peut être établie et organisée en cours d'emploi, sans perte de revenu.
n Les personnes actuellement engagées sans titres légaux dans l'enseignement primaire ou secondaire doivent pouvoir bénéficier d'une qualification reconnue, pouvant être acquise en cours d'emploi, et leur assurant la sécurité et la stabilité de l'emploi.
n Enfin. Nous exigeons que chaque enseignantE soit mis au bénéfice d'un seul et même contrat de droit administratif à durée indéterminée.